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14 février 2009

Histoire d’amour au XVeme siècle

Histoire d’amour au XVeme siècle

Salam Casaïs,  princesse de GAO et Anselme d’Isalguier, gentilhomme Toulousain : une union Franco-malienne.

 

En 1405, le royaume Songhaï où vivait Salam Casaïs était le berceau d’une riche civilisation basée sur les échanges qui se faisaient de part et d’autres du Sahara. Composé d’une mosaïque de peuples d’origines et de culture diverses (Berbères et Touaregs à peau blanche contrôlant le commerce transsaharien, Soudanais à peau noire, prospères dans l’agriculture, l’élevage et la pêche), ce royaume enclavé se trouvait au débouché des routes commerciales qui reliaient les régions du nord de l’Afrique à l’intérieur du continent.

 C’est à Gao, dans ce grand port saharien baigné par le fleuve Niger , qu’Anselme d’Isalguier , jeune noble issu d’une famille de capitouls ( hauts magistrats) de Toulouse, débarqua,  après avoir presque parcouru toutes les mers du monde. Le pays Songhaï l’enchanta. Botaniste et homme de sciences versé dans l’étude des astres et de la nature, il parlait l’arabe et le turc : ce qui lui permit de nouer des amitiés dans les meilleurs cercles intellectSalam Casaïsuels de la ville.

 Sa curiosité le poussait à flâner souvent, avec pour guide un jeune prince de ses amis dans les quartiers populaires qui s’étalaient jusqu’aux berges du fleuve. Là,  loin des belles demeures agrémentées de terrasses et de patios à jets d’eau, c’était un grouillement perpétuel . Habitués aux incessants va –et- vient des caravaniers, les gens accueillaient avec bonhomie ce blanc d’une grande humilité qui savait communiquer avec eux et n’avait pas de peine à apprendre les nouveaux dialectes qu’il rencontrait. Anselme d’Isalguier fut bientôt considéré comme un véritable fils du pays.

 Un jour, le jeune homme se promena en compagnie de son ami sur la place du grand marché. C’était la fin de la matinée et une joyeuse animation régnait, malgré la chaleur accablante: des caravanes venaient d’arriver, porteuses de mille trésors. Parcourant inlassablement le désert à dos de dromadaire, les négociants déchargeaient, dans ce royaume aux 400 villes, barres de sel des mines de Teghazza, armes ciselées du Maroc, mais aussi étoffes chatoyantes et verroteries de Venise que leur procuraient les vaisseaux marchands amarrés dans la rade de Tunis. Puis sitôt leurs marchandises écoulées, ils reprenaient la piste, chargés des cargaisons d’or du Soudan, des défenses d’éléphants, et des épices dont ils s’étaient fournis pour les cours d’Europe et du monde musulman. Arrivés dés l’aube des provinces de l’intérieur reliés à la ville par un réseau de barques qui sillonnaient le fleuve, les villageois proposaient leurs, ou des objets d’artisanat. Un groupe d’élégantes marchandaient bruyamment quelques pièces d’étoffes rares et des parfums capiteux ramenés d’Egypte par des négociants Marka. Des ménagères, surprises par l’heure tardive, se faufilaient rapidement entre les marchands en quête de piment ou autres condiments pour accommoder le repas de la journée.

 A l’entrée du marché, des hommes accroupis avaient exposé devant eux en petits tas, le sel précieux qui faisait leur fortune. Un peu plus loin, au poste de transit, des voyageurs remplissaient leurs outres en peaux de chèvres en prévision d’une longue route à travers le désert, pendant que les dromadaires attachés, attachés aux palmiers-dattiers, attendaient en ruminant le départ des caravanes. Le marché tirait à sa fin, et l’effervescence retombant, chacun se pressait maintenant, qui vers les cases des quartiers populaires, qui vers les riches demeures de banco que surplombaient de vastes terrasses orientés vers le fleuve.

 Marchant avec précaution entre les étals posés à même le sol, Anselme d’Isalguier, absorbé par la découverte de tant de produits inconnus ne cessait de questionner son ami sur leur provenance.

 Détournant brusquement la tête, son regard croisa, à l’autre bout de la place, deux yeux noirs et brillants entre des paupières délicatement fardées au khôl. Un voile de soie bleue dissimulait le reste du visage. La jeune femme qui le fixait était drapée d’une longue pièce de tissu indigo, dont le haut retombait en écharpe sur les cheveux fins savamment relevés en larges tresses au sommet de la tête. Une pépite d’or cousue dans la coiffure brillait au dessus de son front couleur d’ambre. D’un geste gracieux, elle retenait d’une main artistiquement teintée au henné un pan du pagne posé sur sa tête , faisant teinter, à chaque mouvement du bras, les anneaux d’argent qu’elle portait au poignet .Un lourd bracelet d’argent ciselé ornait sa cheville.

 Soudain gênée par le regard insistant de l’étranger, Salam Casaïs baissa les yeux et, suivie de ses servantes disparut rapidement au détour d’une ruelle. Bien que charmé par tant de grâce et de beauté, Anselme d’Isalguier n’osa se lancer à la poursuite de l’inconnue. Car, en terre d’Islam, il risquait la peine de mort s’il venait à offenser une femme de sang noble. Le trouble du jeune homme n’échappa pas à son accompagnateur, qui s’en amusa, car l’éducation Songhaï exigeait d’un homme qu’il sache masquer ses émotions, surtout vis-à-vis d’une femme. Il lui apprit néanmoins que Salam Casaïs était de haute lignée. Orpheline, elle vivait chez son oncle, un homme fort estimé pour sa sagesse et sa piété. Passionné d’art poétique ainsi que d’astronomie, celui-ci avait élevé sa nièce avec une certaine liberté et lui avait donné, chose rare chez les jeunes filles bien nées, une bonne instruction en Arabe. Sa beauté et sa vivacité de caractère en faisaient une jeune fille très courtisée.

 Comme chaque soir, dominant le fleuve du haut de sa terrasse où elle s’isolait en quête d’un peu de fraîcheur, Salam admirait le crépuscule qui tombait sur Gao. Bercée par les mélopées des piroguiers qui plongeaient leurs rames en cadence dans les eaux calmes  et profondes, elle regardait la ville s’enfoncer doucement dans un silence que troublait par à-coups le beuglement des troupeaux rentrant des pâturages. Elle se surprit à penser à l’étranger rencontré sur le marché et sourit au souvenir de l’homme, à l’admiration qu’elle avait lue dans ses yeux étonnamment clairs. Malgré son teint halé sous le léger burnous qui l’enveloppait, il ne pouvait être Touareg. Un léger bruissement dans son dos la fit se retourner. C’était sa servante qui ramenait les informations recueillies auprès des esclaves des familles qui avaient offert l’hospitalité à l’étranger. Salam apprit que c’était un grand voyageur, venu d’un lointain pays au –delà du désert et par delà la mer. On disait qu’il apprenait la langue songhaï, dont il consignait les mots sur de larges feuilles en peau de chèvre tannée afin de l’enseigner aux gens de son pays. < Je demanderai à mon oncle de l’inviter dans notre demeure>, se dit-elle. Elle savait que le vieil érudit ne se ferait pas prier à l’idée de se délecter des récits de voyage du jeune blanc. Les femmes songhaï étaient très libres à l’époque, et les rigueurs de l’Islam ne pouvaient en rien restreindre les prérogatives que leur donnait leur statut. Aussi avaient-elles la possibilité de choisir elles-mêmes leur époux. Un droit que personne ne pouvait leur contester.

 Salam multiplia habilement les occasions de rencontre et Anselme comprit avec bonheur qu’elles n’étaient pas dues au hasard. Les jeunes gens s’apprécièrent et s’aimèrent, malgré tout ce qui les séparait : la race, la religion, les coutumes. Au bout de quelques mois, Gao célébra avec faste, et dans la tradition musulmane, le mariage de Salam Casaïs avec le chrétien Anselme d’Isalguier.

Pendant huit ans, les époux vécurent paisiblement sur les bords du fleuve Niger. Ils eurent une petite fille prénommée Marthe. Salam, qui savait lire et écrire l’arabe, apprit le Français. Elle aida son mari à collecter à travers le royaume des informations destinées à l’ouvrage de géographie qu’il se proposait d’écrire sur le royaume Songhaï. Elle lui apporta sa précieuse collaboration d’interprète pour la rédaction d’un dictionnaire Français- Latin- Songhaï. Mais la douceur de la vie à Gao n’empêcha pas Anselme d’Isalguier de ressentir le mal du pays. La France lui manquait, ses terres au bord de la Garonne, sa mère… Salam de son côté, bien que curieuse de découvrir le monde de son époux ne pouvait se résoudre à quitter les siens , d’autant qu’elle devait affronter l’opposition de son entourage, pour qui une femme noble ne pouvait quitter Gao pour aller se perdre en pays étranger.

 Elle dut cependant se résigner et après des préparatifs secrets, ils quittèrent furtivement Gao, de nuit, pour éviter tout incident. Cachées par les bouquets de palmier Doum qui poussaient le long des berges, leurs pirogues chargées de bagages glissèrent doucement sur le fleuve éclairé par un faible quartier de lune. Une caravane sous bonne escorte les attendait à l’entrée de la piste qui s’étendait à travers le désert en long ruban sinueux, jusqu’aux portes de l’océan. Triste et silencieuse, la jeune femme quitta ainsi le terre des ses ancêtres, serrant sa petite fille dans ses bras. Le voyage à dos de dromadaire fut éprouvant. Accablée parla chaleur du jour qui brûlait les immenses dunes de sable qu’ils avaient comme unique paysage, transie de froid la nuit , malgré les couvertures en laine de brebis et les solides tentes de toile qui abritaient les voyageurs durant les haltes , Salam tentait de cacher son désespoir pour ne pas peiner son époux.

 Au bout de plusieurs semaines, ils atteignirent enfin le Touat, un ensemble d’oasis au Sud de la Berbérie (Algérie actuelle), où ils purent se reposer et désaltérer leur  lèvres desséchées. La caravane se scinda en trois groupes. Certains négociants prirent la direction du Maroc, d’autres de l’Algérie : Anselme suivie ceux qui se rendaient en Tunisie. Arrivés sur les côtes d’Afrique du Nord, ils louèrent une chambre dans une hôtellerie en attendant de trouver un voilier en partance pour la France. Vint enfin l’embarquement sur un vaisseau qui devait les conduire de l’autre côté de la méditerranée. La traversée, difficile, fut très mouvementée. A mi-chemin entre Tunis et la Sicile, le vaisseau Français fût attaqué en pleine tempête par des corsaires catalans qui, après une bataille acharnées s’emparèrent de plusieurs passagers dont la jeune femme et deux de ses servantes. La tempête dura plusieurs heures. Des voies d’eau s’étaient formés dans la coque du bateau corsaire qui, fortement endommagé par les combats, s’échoua sur un banc de sable. Profitant de la confusion des pirates , les prisonniers sautèrent dans un canot et ramèrent jusqu’à une île déserte où, par miracle le vaisseau Français venait de jeter l’ancre pour réparer quelques avaries, après avoir vainement sillonné les îlots voisins à la recherche de ses passagers perdus. Courant à la rencontre du canot fugitif, Anselme, éperdu de joie, retrouva sa femme éplorée parmi les rescapés. Emus, leurs compagnons d’infortune louèrent le seigneur pour ces retrouvailles et le voyage se poursuivit sans autre incident.

 C’est par une froide journée de l’automne 1413 que Salam Casaïs découvrit le port de Marseille, dont la prospérité datait de l’antiquité. Des voiliers déchargeaient des marchandises ramenées de toutes les provinces du monde par de hardis marins, tandis que d’autres larguaient les amarres pour des contrées lointaines. Et tous ces gens à peau blanche , vêtus de façon insolite , qui gesticulaient en parlant d’étranges idiomes dont elle avait bien peine à saisir le sens, bien qu’elle eut appris de son époux les rudiments du Français et de langue d’oc.

 Ce monde nouveau contre lequel sa famille et ses divins l’avaient mise en garde, elle devait maintenant l’affronter….

 Anselme loua un équipage et ils prirent la route de Toulouse. De la diligence cahotante, Salam découvrit avec une stupeur mêlée d’appréhension les paysages qui défilaient sous ses yeux le long des chemins empierrés : bourgs animés, hameaux ouverts sur des champs et villes fortifiée,s entourées de hauts remparts. Des paysages si différents des souvenirs familiers qui lui revenaient en mémoire : le tableau de palmeraies, les bateliers croisant sur le fleuve, Gao aux portes du désert. Mais ici, ce froid glacial, qui brûlait les os…

 Peu après son arrivée à Toulouse, Anselme d’Isalguier fit baptiser sa femme dans la religion chrétienne, ainsi que la petite Marthe alors âgée de 6 ans, et les six domestiques qui avaient accompagné son épouse : trois servantes Songhaï et trois eunuques, dont le médecin personnel de Salam, Aben Ali.  Ce dernier homme de sciences issu de la prestigieuse université de Tombouctou et praticien des médecines traditionnelles Africaines, acquit, grâce à ses connaissances en plantes médicinales, une solide réputation qui lui valut d’être mentionné dans les chroniques de la ville. Aben Ali était en effet connu pour guérir toutes sortes de maladies par des vomitifs qu’il préparait lui-même et par des saignées qu’il pratiquait de sa main. Après qu’il eut sauvé d’une pleurésie mortelle un notable de la ville, ami d’Anselme d’Isalguier , la réputation de ce médecin noir d’une grande humilité ne tarda pas à lui attirer une importante clientèle, même dans la haute bourgeoisie locale. Ce dont prirent très vite ombrage de médecins Toulousain qui avisèrent leurs patients qu’en consultant <ce charlatan musulman > ils s’exposaient aux feus de l’enfer.

 C’est pourtant lui qu’on appela au chevet du jeune Charles VII, dauphin de la couronne de France, atteint par une forte fièvre alors qu’il effectuait un déplacement à Toulouse, en 1416. On était en pleine période de troubles en raison de la guerre , dite des cent ans, entre la France et l’Angleterre. Si par malheur, le jeune adolescent héritier du trône de France décédait dans la capitale du Languedoc, cela ne manquerait pas d’engendrer des affrontements meurtriers dans le pays. Plus grave, un tel drame ferait peser de graves soupçons d’assassinat sur la cité de Toulouse ; pire, de complicité avec les Anglais. Les troupes du roi assiégeraient la ville… Il fallait à tout prix éviter la catastrophe. Les autres médecins s’étaient déclarés impuissants devant le mal, on demanda à Anselme d’Isalguier de faire venir le médecin de sa femme. En cinq jours,  Aben Ali réussit à guérir le futur roi de France. Pour récompense, celui-ci lui fit octroyer 1000 écus d’or, ce qui l’époque représentait une somme considérable. C’en était trop pour ses détracteurs. Peu de temps après, Aben Ali mourut dans d’atroces convulsions , mystérieusement empoisonné, des suites , dit-on , du complot de quelques médecins Toulousains jaloux, dont on chercha pas à établir la culpabilité.

 Après avoir connu une vie brillante à Gao, où elle avait fréquenté l’élite intellectuelle et côtoyé les voyageurs les plus prestigieux qui faisaient halte dans la capitale Songhaï, Salam Casaïs vécut presque en recluse dans l’ombre de son château des bords de la Garonne. Peut-être aussi, ne fut-elle jamais accepté par la noblesse provinciale, choquée qu’un fils de famille ait pu ramener une négresse de ses pérégrinations et se retrouver père d’un sang-mêlé. Isolée, elle mena une vie austère, ne manquant aucun office religieux, s’adonnant à la lecture et aux bonnes œuvres de sa paroisse, et se consacrant entièrement à l’éducation de ses filles.

  Marthe l’aîné était devenu une belle et douce jeune fille. A 16 ans elle épousa un jeune gentilhomme de la région, le chevalier Eugène de Feodas, qui appartenait à l’une des plus anciennes familles de toulouse. Elle eut un fils que les gens surnommèrent < le Maure de Féodas>, à cause de son teint basané. Ses deux autres soeurs, la blanche Isabeau et Marguerite la noire eurent moins de chance. Après avoir tragiquement perdu leurs fiancés, elles entrèrent toutes deux au couvant et devinrent religieuses. A la mort d’Anselme d’Isalguier, Salam Casaïs, encore jeune, entra à son tour au couvent. Elle y resta jusqu’à la fin de ses jours, cultivant au fond d’elle la nostalgie de sa famille et de son pays natal, bien qu’elle se fût toujours sentie combler par l’amour de son époux.

Auteur: Sylvia Serbin

Posté par NGLAYE à 17:55 - HISTOIRE - Commentaires [7] - Permalien [#]

Commentaires

    Belle histoire !

    Belle histoire ! Un tel récit n'est pas invraisemblable. J'ai été agréablement surpris en lisant le livre de Pierre H. Boulle (Race et esclavage sous l'Ancien Régime) combien au 18è siècle, en France, les unions entre Noirs et Blancs, si elles étaient mal vues par les autorités, n'étaient nullement l'objet de racisme auprès des populations. Les couples ainsi formés vivaient bien souvent sous les yeux des grands-parents blancs et non point en cachette. Mon article est bien long mais tu peux lire le dernier chapitre qui est le plus intéressant. Il y raconte l'histoire d'un africain de la Côte de Guinée qui aurait eu 8 enfants avec la fille d'un officier de l'armée.

    Posté par St-Ralph, 16 février 2009 à 14:37
  • Je rectifie ...

    J'ai relu le passage du livre de Pierre H. Boulle. Ce "Guinéen" était plutôt mari à la fille d'un chaudronnier avec qui il a eu 14 enfants !!!

    Posté par St-Ralph, 18 février 2009 à 18:09
  • fdzbzdfb

    thank you !

    Posté par links of london, 27 novembre 2010 à 03:20
  • share

    So further research on assessment on performance of teachers, either in theory or in practice, is valuable.

    Posté par air jordan shoes, 27 mai 2011 à 01:25
  • Où lire cette histoire...

    voici le livre qui raconte le parcours de Anselme et où on peut lire cette histoire : "L'homme du sahel" de Roger Bouchaud

    Posté par zizou, 14 octobre 2011 à 07:06
  • salou cassais

    quelle est votre source

    Posté par ina, 31 octobre 2011 à 19:43
  • SYLVIA SERBIN

    Source: Auteur SYLVIA SERBIN;

    comme mentionné en dessous du texte.

    Posté par Ayda, 02 novembre 2011 à 08:52

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