07 février 2010
Joseph N'Diaye, le conservateur de l'île de Gorée, suite et fin
B.World Connection à Gorée (Fin)
envoyé par 2fresh
Joseph N'Diaye, le conservateur de l'île de Gorée
Mr Joseph N'diaye, (1922-2009 ), le conservateur de l'île de Gorée s'en est allé. Il sera inhumé ce Samedi 07 Février 2009 à Kam Médina, prés de Dakar, à 10 Heure. Ce grand homme, qui a su conserver et transmettre l'histoire de l'esclavage et la mémoire du peuple noir restera irremplaçable dans le coeur des millions de noirs qui ont fait le pèlerinage à Gorée.
Comme ces esclaves qui ont franchi la porte sans retour de la maison des esclaves à Gorée, comme il le disait si bien, il vient de partir pour un voyage éternel au royaume de ses ancêtres. Que la terre de Kam médina lui soit légère.
Ce jour correspond aussi à l'anniversaire de la mort de Cheikh Anta Diop, cet autre défenseur de la cause noire.
B. World Connection à Gorée
envoyé par 2fresh
13 septembre 2009
La Jeanne d’Arc Congolaise
Donna Béatrice, la Jeanne d’Arc Congolaise
Arrivés dans la région du royaume du Kongo depuis la fin du XVeme siècle , à bord des premières caravelles portugaises , les missionnaires blancs s’y sont implantés au noble pretexte d’évagéliser les noirs et de les arracher de leurs pratiques paiennes. Mais ces, hommes de Dieu représentent surtout la tête de pont idéologique et culturelle des nations européennes dans ces contrées immensément riches de produits agricoles, de peaux ( particulièrement recherchées en Europe), de pierres précieuses, d’Or, d’Ivoire, et bien sûr, d’esclaves . Aussi, devenus très présents comme conseillers des rois et des puissants, ils attisent , en coulisse, les rivalités entre les factions rivales princières du Kongo et n’ont de cesse de pousser à l’affaiblissement des pouvoirs locaux, afin de les faire basculer , tôt ou tard, dans l’escarcelle des puissances qui les ont mandatés.
S’incrustant dans les cours royales, les missionnaires réussiront à convertir à la religion catholique tous les rois du Kongo sur lesquels ils se garantissent une emprise de plus en plus forte, en s’assurant de leur soumission au Dieu chrétien. En échange, ils reçoivent d’énorles privilèges, tandis que les commerçants portugais installés sur place drainent vers l’extérieur les richesses du royaume, devenu un débouché de choix pour leurs armes et leurs produits de pacotille. Résultat, les congrégations de toute espèce s’y succèdent au cours des siècles : franciscains, jésuites, capucins, dominicains, etc.
Simultanément, les hostilités ne cessent de s’amplifier entres princes retranchés dans leurs provinces respectives. Aux guerres civiles succèdent famines et épidémies. Traumatisé , le peuple Bakongo ne sait plus à quel saint se vouer pour apaiser la colère divine. Coment ramener la paix ?
Or voilà qu’en 1704, au plus profond de la tourmente, commencent à circuler çà et là des bruits à propos d’un personnage extraordinaire qui redonne espoir aux désespérés. C’est une jeune femme de 22 ans. Son nom : Kimpa Vita. Elle proclame qu’elle a reçu de Saint Antoine, patron des naufragés et de ceux qui souffrent la mission de rassembler ses compatriotes pour mettre fin au désordre et permettre au royaume de retrouver sa puissance.
Issue d’une famille aristocratique du royaume Kongo, Kimpa Vita a reçu , comme toutes les jeunes nobles de l’époque, une éducation coutumière, mais aussi catholique, car, pour plaire au roi, les grandes familles étaient contraintes d’adopter la religion de leurs nouveaux alliés venus évangéliser les populations à tour de bars.
A la tête de ses disciples , Kimpa Vita, que l’on appelait de son nom de baptême, Dona Béatrice, parcourt les villages menant à San Salvador,la cité aux 12 églises, l’ancienne capitale du royaume , dévastée et abandonnée de sa population. Elle avance, infatigable, son corps élancé vêtu d’un pagne de couleur verte en raphia tissé aussi doux que du velours, et le front ceint d’une couronne de fibres de Piki, l’arbre à raphia. Le visage aux trais fins respire une grande sérénité, qui tranche avec cette voix grave dont elle détache posément les mots pour être bien comprise de tous. Partout on lui ouvre les bras et tout au long de sa croisade, elle raconte le miracle qui l’a désignée pour relever son peuple décimé.
« J’étais malade et près de mourir, et un soir, grelottante d’une fièvre qui allait m’emporter, j’ai vu apparaître en songe un frère habillé comme un moine. Il m’a dit être Saint Antoine, envoyé par Dieu dans ma tête pour m’exhorter à prêcher et à enseigner au peuple d’aller de l’avant. Puis, sans savoir comment, j’ai eu un grand soulagement et je me suis sentie revivre. J’ai appelé mes parents pour leur expliquer le commandement divin. Puis j’ai distribué toutes les richesses que je possédais pour bien montrer que je renonçais aux choses de ce monde et je me suis mise en route pour accomplir mon devoir. Et, alors que jamais je n’avais ainsi parlé devant des inconnus, vous prêtez tous attention à mon message et me suivez avec le plus grand succès ! »
Exhortant ses fidèles à la prière, les poussant à renoncer aux fétiches de leurs ancêtres et à détruire les croix de la religion étrangère, elle annonce l’avènement d’un temps nouveau et la renaissance d’un royaume où le mal serait banni et où il n’ y aurait plus de misère. Ils sont nombreux à se presser autour d’elle, trouvant dans ses paroles le sursaut d’espoir qui allait les aider à repousser le spectre de l’infortune. Les paysans, un à un, approuvent les paroles de cette femme qui met à leur portée une nouvelle religion bien plus proche d’eux, alors que celle professée par les Blancs, avides des richesses du Kongo, ne se soucie que peu du bien des noirs ; une religion où les anges ne sont pas que Blancs et où le ciel semble habité de Noirs aussi.
« Le jour du jugement approche, proclame-t-elle. Dieu, dans son indignation, nous accable de terribles châtiments. Vous récitez le ‘Salve Regina’ et vous ne savez même pas pourquoi ! Pourquoi jeûnez-vous pendant le carême alors que vous êtes déjà épuisés par la disette? Si vous voulez être lavés de vos péchés, il suffit de vous exposer à la pluie. La confession ne sert à rien …Les bonnes œuvres sont vaines…Seule l’intention compte pour Dieu… Hommes Bakongo, mes frères, prenez autant de femmes que vous le désirez car telles sont nos coutumes ! »
« La vraie terre sainte est au Kongo, affirme-t-elle. Les véritables fondateurs de la religion catholique sont de notre race, de la race noire. Jésus-Christ est né à San Salvador, mais les blancs parlent de Bethléem ! Il a été baptisé à Sundi, que l’on appelle Nazareth. Mais sachez que Jésus-Christ, la Madone et Saint François sont aussi originaires du Kongo ! que tous les missionnaires qui s’emparent de nos richesses pour l’unique profit des Blancs quittent le Kongo. Ils sont contre la puissance de notre royaume. Saint Antoine es notre remède. Lui seul nous entend et nous aidera à reconstruire notre pays. »
« Rejoignez San Salvador, ordonne-t-elle enfin aux foules en délire qui l’accueillent avec ferveur. San Salvador symbole de notre unité perdue, doit renaître de ses cendres. Dans San Salvador repeuplée, les racines des arbres abattus se transformeront en or et en argent. Sous les ruines relevées, nous découvrirons des mines de pierres précieuses et de métaux rares. A San Salvador, toutes les richesses que les Blancs nous ont ravies iront à ceux qui adhèrent à la foi véritable et contribuent à la renaissance du royaume. »
Par le bouche à oreille, les récits de miracles de la « sainte » traversent les provinces du Kongo, du nord au sud, de l’est à l’ouest. On dit qu’elle guérit les malades et que, sur son passage les arbres desséchés se redressent. Les fidèles se disputent ses restes de nourriture, persuadés d’en retirer quelque grâce. Jusqu’aux nobles et seigneurs qui se pressent autour d’elle, étendant sur le sol leurs riches pagnes de raphia ou leurs capes de soie et de brocart, pour lui dresser des nappes sur lesquelles on l’invite à prendre ses repas. Et puis il y’ a le rituel du Vendredi. Chaque vendredi, elle se plonge dans un recueillement absolu, s’associant ainsi à la mort du Christ. Elle dit ainsi qu’elle se rend au ciel pour plaider la cause des Noirs auprès de Dieu, ainsi que la libération du Kongo… Puis elle « ressuscite » le Samedi, prêtre à reprendre la route, rejointe à chaque étape de a longue marche par de nouveaux disciples.
Considérée par les foules comme une prophétesse investie d’une mission sacrée, Kimpa Vita décide d’aller trouver le roi Pedro IV qui s’était réfugié avec ses partisans sur le mont Kibangu, afin de lui demander de regagner San Salvador. Cousin des deux belligérants, ce dernier né d’un prince Kimpanzu et d’une noble Kimuzala, occupait le troisième rang de succession. Espérant que sa filiation ferait office de compromis, le choix s’était porté sur lui et il avait été installé à la tête du royaume et couronné par les missionnaires capucins qui s’accommodaient bien de son peu d’envergure. Mais, sachant sa légitimité contestée, Pedro IV n’osait quitter les hauteurs de sa citadelle, pour prendre possession de l’ancienne capitale royale.
Passant outre les pressions des missionnaires capucins qui l’entouraient, le roi reçoit la jeune femme. Il est aussitôt conquis par son charisme et son message plein de bon sens. Et San Salvador commence à se repeupler de gens qui veulent voir et toucher la « sainte ». les maisons sont reconstruites, les champs défrichés et les jardins replantés. Dona Béatrice envoie alors à travers le royaume des centaines de disciples surnommés les « Petits Antoine ». Reconnaissables aux couronnes de feuilles de Piki qu’ils portent sur la tête, ils traversent les campagnes en chantant le Salve Antonia et prêchent l’enseignement du mouvement des Antonins.
Cette nouvelle religion va connaître un immense succès, tant parmi les populations animistes qui y adhèrent en masse que parmi les aristocrates qui commencent à se détourner de l’église catholique. En moins de deux ans, Dona Béatrice met sur pied les fondements d’une nouvelle église africanisée où se mêlent des influences catholiques et traditionnelles, et qui contribuera au renouveau politique du pays.
Mais, les représentants de l’Eglise romaine, qui se considèrent comme les seuls intermédiaires entre Dieu et les hommes, commencent à voir en cette prophétesse noire une menace pour leur position sociale. « Faites que votre royaume devienne chrétien et votre puissance en sera augmentée », avaient-ils dit au roi pour le convaincre que son adhésion à la foi catholique le rendrait invincible et lui apporterait la supériorité sur ses ennemis ainsi que sur toutes les provinces en révolte.
Et voilà que cette femme, par son seul charisme, galvanisait tout un peuple, en, lui ouvrant les yeux sur l’influence des étrangers placés autour du roi ! Voilà qu’elle entendait faire renaître les pratiques paiennes qu’ils avaient eu tant de mal à expurger de ces pauvres Noirs ! Qui plus est, en se référant d’un saint de leur propre Eglise à eux ! si cette contestation contre la foi catholique se propageait, c’est le fondement même de leur long travail d’appropriation de ces âmes qui risquait d’être remis en cause.
Manipuler le faible roi Pedro IV ne sera pour eux qu’un jeu d’enfant. Bientôt celui-ci finit par craindre que l’influence de Dona Béatrice ne lui fasse de l’ombre. Il hésite cependant, redoutant de heurter le sentiment populaire en la faisant arrêter. Mais les capucins veillent au grain, ne cessant de le travailler au corps, au nom de « l’honneur de Dieu ».
Alors il ordonne la répression de ses activités, obligeant la jeune femme à se réfugier dans la brousse en compagnies de quelques-uns de ses disciples. Et c’ets là que, traquée elle met au monde un enfant, fils de Barro, son plus fidèle compagnon de route. Le roi la fait arrêter à la demandes de capucins offusqués qu’elle ait eu un enfant alors qu’elle se prétendait vierge. Questionnée sur l’origine de ce bébé qu’elle allaite, Dona Béatrice répond : « je ne peux nier que ce soit le mien. Mais comment je l’ai eu, je ne sais pas. Je sais seulement qu’il m’est venu du ciel et qu’il sera le sauveur de notre peuple ».
Enchaînée, dona Béatrice est alors conduite devant le père Bernado Di Gallo, le chef des capucins chargée de l’interroger.
- « Qui êtes-vous ? » lui demande-t-i ,
- « Je suis saint Antoine, je viens du ciel. »
- « Et quelles nouvelles apportez-vous de là-haut ? Dites-moi si au ciel il y’ a des Noirs du Kongo et sont-ils là-bas avec leur couleur noire ? »
- Impassible, elle lui répond qu’au ciel il y’a des petits Noirs baptisés ainsi que des adultes, mais qu’ils n’ont pas la couleur du Noir ni du Blanc, parce qu’au ciel il n’y a aucune couleur. Ce qui a le don de mettre ses juges en rage. Sous l’accusation d’hérésie, les missionnaires demandent sa mort.
- « Que m’importe de mourir, réplique-t-elle. Mon corps n’est autre chose qu’un peu de terre. Je n’en fais aucun cas. Tôt ou tard il sera réduit en cendres. »
Le père Laurent de Lucques, qui assistait à l’exécution, nous décrit cette journée du 2 Juillet 1706 où Kimpa Vita, que l’on surnommera plus tard la « Jeanne d’Arc Congolaise », est brûlée vive sur le bûcher, au milieu d’une foule contenue par plusieurs rangée de soldats protégés de boucliers en peau de buffle et armés de lances et de flèches.
« Le basciamucano, c'est-à-dire le juge, prononça finalement la sentence contre Dona Béatrice, disant que, sous le faux nom de saint-Antoine, elle avait trompé le peuple par ses hérésies et des faussetés. En conséquence, le roi, son seigneur, et le conseil royal la condamnent à mourir sur le bûcher, elle et son concubin, qui se faisait appeler saint Jean.
Après cet arrêt, ils furent emmenés vers le bûcher. Elle portait son enfant sur le bras. Il se produisit alors un si grand tumulte parmi la foule en détresse, qu’il n’ y eut pas moyen pour nous de prêter quelque assistance aux deux condamnés. On avait amassé là un grand tas de bois sur lequel ils furent jetés. On les recouvrit d’autres morceaux de bois et ils furent brûlés vif. Non- contents de cela, le lendemain matin, des hommes vinrent encore brûler quelques os qui étaient restés et réduisirent le tout en cendres très fines. »
Qu’ajouter de plus à ce récit du martyre de Dona Béatrice, sinon que sa mort plongea le peuple Kongo dans la plus profonde consternation et que personne ne voulut croire les capucins lorsqu’ils affirmèrent plus tard que cette « femme du diable » s’était repentie et qu’elle avait renié toute son action passée, avant de mourir sur le bûcher. Quant à son nouveau-né, il fut sauvé de justesse par le père Laurent de Lucques qui, le considérant innocent des fautes de sa mère, obtint sa grâce auprès du roi. Sans doute fut-il accueillit par la grande famille des Antonins. Nul ne sait ce qu’il advint de lui.
Pour perpétuer le souvenir de Kimpa Vita, la tradition orale raconte qu’à l’endroit où ont eu lieu les exécutions, deux puits profonds sont apparus et que, au milieu de ces puits, on a vu briller pendant très longtemps deux étoiles dont l’une symbolisait l’âme de Dona Béatrice et l’autre celle de son compagnon, Barro.
Auteur: Syvia Serbin
08 novembre 2008
Le sacrifice de la Reine POKOU
Née au début du XVIIIe siècle, Abla Pokou était la nièce du grand roi Ossei Tutu, fondateur de la puissante
confédération Ashanti du Ghana. A la mort du roi, en vertu de la succession matrilinéaire, son neveu lui succéda sur la trône. Mais à son décès une guerre de succession s’ouvrit entre Dakon, le second frère de Pokou, héritier désigné et un vieil oncle, issu d’une branche collatérale de Iza, famille régnante. Chacun voulait diriger cette tribu prospère qui savait cultiver la terre, fondre le bronze, fabriquer des ornements d’or et sculpter des masques d’ébène.
A l’issue d’une lutte fratricide qui déchira Koumassi, la capitale du royaume, Dakon fut tué. Pokou compris aussitôt quel sort attendait les partisans de son défunt frère qui s’étaient regroupés autour d’elle. Les cases incendiées, les champs saccagés, les biens spoliés lui indiquèrent qu’il ne restait plus que l’exode pour éviter le massacre. Lorsque son époux fut assassiné à son tour, elle réunit des familles nobles et vassales ainsi que leurs serviteurs et décida de quitter Koumassi la nuit venue pour fuir vers le nord-ouest, accompagnée d’une garde de soldats fidèles.
Sous la conduite de leur reine, les fugitifs marchèrent nuit et jour à travers la forêt, haletants, épuisés. A peine s’arrêtaient –ils pour se reposer, à peine prenaient-ils le temps d’enterrer leurs morts et de tuer quelque gibier pour se nourrir, qu’ils devaient repartir, talonnés par les troupes lancées à leur poursuite.
Harassés, ils arrivèrent enfin devant un fleuve mugissant qui les glaça d’effroi : la Comoé, barrière naturelle entre le Ghana de leurs ancêtres et leur nouvelle terre d’exil, la Côte d’Ivoire. Mais le fleuve, gonflé par les pluies récentes de l’hivernage, était impraticable. Sous la violence des courants, les pirogues des villages de pêcheurs voisins s’étaient fracassées, empêchant toute traversée. Et l’ennemi était là, tout proche, annoncé par le tam-tam parleur.
Levant les bras vers le fleuve, la reine se tourna vers son devin, gardien des traditions sacrées, et lui ordonna de consulter les oracles : « dis-nous ce que demande le génie de ce fleuve pour nous laisser passer !» Le vieil homme parla: «Reine, le génie de ce fleuve est irrité. Il ne s’apaisera que lorsque nous lui aurons donné en offrande ce que nous avons de plus cher.» Les femmes tendirent leurs parures d’or et d’ivoire. Les hommes avancèrent leur leurs taureaux. Mais le sorcier les repoussa du pied : « Ce que nous avons de plus cher dit-il ce sont nos fils ! » Toutes les mères frémirent.
Pourtant, les femmes Ashanti savaient qu’en certaines circonstances les dieux exigeaient la mort d’un enfant. Parfois, il leur était même interdit de pleurer cet enfant sous peine de voir la colère des dieux s’abattre sur la tribu entière. Et lorsque les esprits des ancêtres parlaient par la bouche du sorcier, quel cours avaient les mortels ? Pas un volontaire ne sortit de la foule atterrée.
Alors Pokou s’avança au bord du fleuve. Elle détacha l’enfant qu’elle portait au dos et le couvrit de bijoux étalés ça et là. « Kouakou, mon unique enfant ! j’ ai compris qu’il faut que je donne mon fils pour la survie de cette tribu. Une reine n’est –elle jamais que reine et non femme, ni mère !» Pokou éleva l’enfant au dessus d’elle pour le contempler une dernière fois et le précipita dans les flots en se détournant.
En quelques instants les flots de la Comoé s’apaisèrent et la tribu passa. Par quel miracle ?on ne sait trop. Selon les anciens, un immense fromager situé sur l’autre rive courba son tronc entre les deux berges du fleuve pour offrir un pont aux gens de Pokou. Pour d’autres, d’énormes hippopotames vinrent docilement se ranger flanc contre flanc
, offrant leur dos luisants aux milles pieds de la tribu en fuite.
Lorsque le dernier des exilés eut gagné l’autre rive, le fromager se releva et le fleuve reprit son bouillonnement. Mais face à l’explosion de liesse qui salua cette victoire sur l’ennemi, la reine ne pu que murmurer un sanglot : « Ba ou li.», Ce qui signifie : « l’enfant est mort. » En reconnaissance, les chefs de clans décidèrent alors de rebaptiser leur ethnie du nom de Baoulé.
Après avoir sillonné la nouvelle contrée à la recherche d’une terre fertile, la tribu s’installa dans la région de Bandama. Et lorsqu’il fallut célébrer ce nouveau foyer, les anciens décidèrent de commencer par les funérailles de l’enfant de Pokou. C’est ainsi que le berceau du peuple baoulé reçut le nom de « Sakassou » , le lieu de funérailles.
Après avoir régné durant de longues années, la reine Pokou s’éteignit vers 1760.
Auteur: Sylvia Serbin
27 août 2008
Solitude la mûlatresse, Martyre de la liberté
Le 29 Novembre 1802 sur l'île de la Guadeloupe, une femme est exécutée par pendaison sur ordre de la république Française.Elle a 30 ans. Son nom est Solitude, la mûlatresse Solitude à cause de sa très peau claire , héritage du viol d'une captive africaine entravée, sur le bateau qui la transportait vers le Nouveau Monde.Juste la veille, Solitude a mis au monde l'enfant qu'elle portait, aussitôt arraché au sein de sa mère pour s'ajouter aux biens d'un propriétaire d'esclaves.Elle aurait dû être executée quelques mois plus tôt, mais les colons ne voulaient pas de gachis: ce ventre animée pouvait rapporter deux bras de plus à une plantation.
Huit ans plus tôt, dans l'euphorie de l'aprés-Révolution Française, l'abolition de l'esclavage est décrétée, le 4 Février 1794, dans les colonies Françaises, malgré la farouche opposition des colons blancs qui contrôlent les îles des Antilles.Libérés de leurs chaînes , les noirs sont nombreux à s'éloigner de leur environnement de servitude, pour tenter de se reconstruire une vie bien à eux loin des anciens maîtres.
Solitude est de ceux là.En 1796, sa liberté acquise, elle choisit de rejoindre une communauté de <Négres Marrons>, ceux qui, refusant l'esclavage, s'étaient retranchés dans les montagnes, au camp de Goyave. Mais les autorités de l'île voient d'un mauvais oeil ces regroupements de Noirs livrés à eux-mêmes et envoient un escadron pour décimer ces communautés rebelles.Rescapée de la tuerie, Solitude s'enfuit avec les survivants dont elle prendra le commandement. Pendant prés de quatre ans, le groupe erre dans la clandestinité, pourchassé d'un bout à l'autre de l'île par les troupes Françaises.
Puis en Mai 1802, Napoléon Bonaparte, alors consul de France, décide de rétablir l'esclavage.Son épouse, Joséphine de Beauharnais, est une fille de colons de la Martinique et il ne peut aller contre leurs intérêts. En Guadeloupe, les citoyens noirs redeviennent esclaves et sont réincorporés dans les biens de leurs anciens maîtres ou, si ces derniers ne sont pas identifiés, revendus au profit des pouvoirs publics. Une traque infernale s'instaure contre les négres récalcitrants qui refusent de réintégrer leurs anciennes exploitations.
L'île sombre dans un chaos sanglant. Ceux qui sont rattrapés pourissent sur les potences ou sont jetés vivants sur les bûchers en place publique. Mais, bientôt, l'écho de l'insurrection des Noirs haÏtiens conduite par le général Toussaint Louverture contre le rétablissement de l'esclavage résonne dans les cases. Pour parer à toute éventualité, Napoléon Bonaparte envoie une importante escadre de renforts en Guadeloupe où gronde la révolte. Solitude, alors enceinte d'un <Négre Congo>, quitte sa retraite avec ses compagnons pour rejoindre les insurgés conduits par le commandant Louis Delgrès, premier officier de l'armée Française. Bien que mûlatre antillais et occupant une fonction officielle , Luis Delgrès, révolté par le revirement de l'état français sur l'abolition, prend le parti de ses frères de couleur et mène l'insurrection.
Paris fera donner la troupe. Mais les 300 combattants de la liberté, femmes et enfants compris, choisissent de se faire sauter sur les hauteurs de Basse-Terre, capitale de la Guadeloupe, en allumant un tonneau de poudre sous leur pieds, plutôt que de se rendre au général de Richepanse venu mater la rébellion. Sous les cadavres déchiquetés, Solitude a miraculeusement survécu au carnage. Sa grossesse lui évite la corde, mais pour quelques mois seulement... Jusqu'au lendemain de son accouchement.
Extrait de divas N° 01 Juin/Juillet 1999.Auteur: SYLVIA SERBIN, posté par: NGLAYE
13 août 2008
Le sacrifice des femmes de Nder
L'histoire de l'Afrique est riche de hauts faits et d'actes héroÏques.Mais, pour les Sénégalais, < Talata Nder>, ce qui signifie le <Mardi de Nder>, est resté dans les mémoires comme l'un des épisodes les plus tragiques de leur passé.
En ce fameux Mardi, les femmes du village de Nder, capitale de l'empire du Walo au XIXe siècle , se sacrifièrent collectivement pour ne pas être réduites à l'esclavage par leurs ennemis.Ces faits se déroulèrent en novembre 1819, sous le règne du brak (le souverain) Amar Mbodj.A cette époque, le royaume du Walo appartenait à une région prospère du Senegal.Son emplacement à l'embouchure du fleuve, ses conditions naturelles offraient à ses habitants, de paisibles cultuvateurs, une vie des plus agréables. Un commerce florissant s'était établi de longue date avec les caravaniers maures, ainsi qu'avec les habitants de Ndar ( actuel Saint-Louis ), première capitale coloniale du Sénégal, ou ils écoulaient leurs denrées agricoles. Ces échanges fructueux faisent de Nder un village trés actif.
Le fleuve Senegal séparait le Walo de la Mauritanie, pays des Maures Trarza, un jour alliés, ennemis le lendemain, qui, périodiquement , venaient semer la désolation dans la contrée . En effet depuis l'installation des troupes Françaises à Saint-Louis, les Maures ne cessaient d'accentuer leur pression sur le Walo, qu'ils auraient bien voulu contrôler, afin d'empêcher la région de tomber sous la domination des Français.
Cette année là, une longue période d'accalmie avait succédé aux violents affrontements d'ou les guerriers maures et leurs alliés toucouleurs étaient , une fois de plus, sortis vainqueurs.On était au début de la saison sèche et Nder vivait un peu au ralenti.Le brak s'était rendu à saint-Louis pour se faire soigner d'une mauvaise blessure reçue lors du siége de Ntaggar contre les maures.Les dignitaires du royaume étaient du voyage et une bonne partie de la cavalerie armée les accompagnait.
Ce Mardi s'annonçait comme tous les autres.Dés avant le lever du soleil , les hommes étaient partis aux champs, la daba (houe traditionnelle) sur l'épaule.D'autres s'étaient rendus à la chasse, tandis qu'un dernier groupe avait pris la direction du fleuve ou ils pratiquaient la pêche. Une centaine de Tyédo (soldats) restés en garnison astiquaient nonchalemment les quelques armes à feu qui faisaient leur fierté.
Le village aux cases rondes était livré aux femmes, aux enfants, et aux vieillards.Il y régnait la même animation qu'à l'accoutumée.Les coups de pilon, en une ronde saccadée, redoublaient d'ardeur à moudre le mil. Les femmes , vaquant à leurs occupations, s'interpellaient à l'intérieur des concessions.D'autres s'affairaient autour des greniers, ou étaient engrangées les dernières récoltes.Quelques unes enfin devisaient gaiement sur la place du village , tandis que les jeunes enfants se poursuivaient bruyamment autour de l'arbre à palabres, en profitant de l'abscence des anciens.
Soudain un cri d'effroi troubla la quiétude du lieu.En un instant, les rires se figèrent, lspilons tombèrent, les concessions se vidèrent .Tous les regards convergèrent vers la femme qui venait de franchir l'entrée du tata, ce mur d'enceinte fait de branchages et de terre glaise, qui, dans l'ancien temps , protégeait les villages en temps de guerre.
Terrorisée, la main agrippée à une calebasse ruisselante d'eau , une femme haletait:< les Maures! Les Maures arrivent !J'étais au bord du lac de Guiers et je les ai vus à travers les roseaux. Une armée de Maures! ils sont avec une troupe de Toucouleurs conduits par leur chef Amar Ould Mokhtar ! Ils s'apprêtent à traverser le fleuve et viennent vers notre village.>
Toutes les femmes crièrent en même temps ... Elles savaient déjà quel sort les attendait...Les Maures profitaient, en effet , de leurs razzias dans le Walo pour amener en captivité un grand nombre d'hommes, de femmes et d'enfants qu'ils revendaient comme esclaves aux riches familles d'Afrique du Nord.Nder avait déjà perdu ainsi bien des filles et des fils.
Pendant ce temps , à quelques kilomètres de là, postés sur l'autre bord du fleuve, les cavaliers enturbannés , venus du desert, s'apprêtaient à lancer leurs chevaux à l'assaut du village.
Les femmes décidèrent aussitôt d'organiser la résistance avec les quelques soldats demeurés sur place.Tout d'abord, les expédièrent les enfants dans les champs avoisinants sous la conduite des plus grands.Puis, elles se précipitèrent dans leurs cases pour en ressortir vêtues de boubous et de pantalons bouffants, qui d'un époux, qui d'un père, qui d'un frère; les cheveux dissimulés sous des bonnets d'homme.Elles s'étaient munies de tout ce qui pouvait leur servir à se défendre : coupe-coupe, lances, gourdins et même quelques armes à feu qu'elles allaient manier pour la première fois.
Amazones d'un jour, ces femmes se battirent avec l'énergie du désespoir.Femmes de caste et femmes nobles, toutes s'engagèrent , animées de leur seul courage, dans un terrible corps-à-corps avec l'ennemi. Dans leurs chants à la gloire de ces femmes d'exception, les griots, détenteurs de la mémoire et de la bravoure des peuples , assurent que, ce jour -là, elles tuèrent plus de 300 maures.Le combat était cependant inégal.Les Tyédo furent rapidement exterminés.Des rigoles de sang bouillonnant s'épandaient en une boue rougeâtre sur le sol en terre battue, jonché d'un nombre impressionnant de cadavres.
Cependant, face à la farouche détermination des survivantes qui, bien que desarmées, étaient supérieures en nombre à la colonne ennemie, le chef Amar Ould Mokhtar donna l'ordre de dispersion à ses troupes.Prenant leurs blessés en croupe, les cavaliers du desert rangèrent leurs sabres effilés et retraversèrent le lac.D'abord vexé d'avoir été tenu en echec par de simples femmes , le chef maure avait, en effet compris que ces dernières, à bout de forces , ne résisteraient pas bien longtemps malgré leur vaillance.il comptait revenir un peu plus tard, afin de les prendre vivantes pour les monnayer à bon prix sur les marchés d'esclaves.
Les femmes du Walo se sentirent perdus ...Jamais elles ne pourraient résister à une seconde attaque .Tous les hommes avaient péri et le messager dépêché à la recherche de secours arriverait sêrement trop tard.Tout espoir était vain.
Une voix s'éleva soudain par dessus la clameur des lamentations et des hurlements de douleur.C'était Mbarka Dia, la confidente de la linguère (reine) Faty Yamar.Elle seule savait se faire obeÏr des courtisanes énergiques et autoritaires qui entouraient la reine. prenant appui contre l'arbre à palabres, elle se mit à exorter ses compagnes:<Femmes de Nder!filles du Walo!Redressez-vous!attachez vos pagnes et renouez vos foulards!Préparons-nous à mourrir ! femmes de Nder, faudra-t-il que nous courbions toujours l'échine devant les envahisseurs? Nos hommes sont loin, ils n'entendent pas nos cris.Nos enfants se sont enfuis derrière les hautes tiges de mil.Allah le Tout-puisant saura les protéger.Mais nous, pauvres femmes que pouvons-nous contre les ennemis qui ne tarderont pas à reprendre l'attaque? Où pourrions -nous nous cacher sans qu'ils nous découvrent? Nous serions capturées comme l'ont été nos mères et nos grands-mères, qui nous ont été arrachées avant d'avoir pu nous voir grandir.Nous serons emmenées de l'autre côté du fleuve et vendues comme esclaves.Est-ce là un sort digne de nous? >
Les pleures s'arrêtèrent. Les plaintes se firent plus sourdes...
<Répondez! Mais répondez donc au lieu de rester là, prostrées et gémissantes! Qu'avez-vous dans les veines? Du Sang ou l'eau du marigot ? Et que dira -t-on plus tard à nos petits- enfants et à leurs descendances ? Préferez-vous qu'on leur dise : vos grands-mères ont quitté le village comme capticves? Ou bien : vos aÏeules ont été braves jusqu'à la mort!>
<Oui mes soeurs.Nous devons mourir en femmes libres et non vivre en esclaves.Que celles qui sont de mon avis me suivent dans la grande case du brak oùse tient le conseil des sages.Nous y entrerons toutes et nous y mettrons le feu...C'est la fumée de nos cendres qui accueillera nos ennemis. Debout mes soeurs! Puisqu'il n' y a d'autre issue que la mort, nous mourrons en dignes femmes du Walo. >
Le soleil était haut dans le ciel.Un silence de mort s'abattit sur le village.Muettes de désespoir, les femmes s'avancèrent lentement vers la case du conseil des notables, construite de paille et de branchages, et qui s'élevait, imposante, au milieu du village.Pas une n'avait osé s'opposer à Mbarka Dia.Elles contemplèrent une dernière fois le décor familier de leur vie, attardant leurs regards sur les volailles affolées, les greniers pillés, les pilons abandonnés sur le sol, les marmites renversées , les cases éventrées... Un spectacle de désolation...
Puis , elles s'entassèrent dans la vaste case.Quelques jeunes mères qui n'avaient pas voulu s'en séparer serraient leurs nouveau-nés contre leurs seins.La dernière à pénétrer dans le pièce était enceinte et prés de son terme.Mbarka Dia ferma la porte et enflamma une torche qu'elle lança sans trembler contre un des murs de branches.Un immense brasier jaillit aussitôt.A l'intérieur de la case, les femmes enlacées, serrées les unes contre les autres , entonnèrent des berceuses et de vielles chansons qui avaient accompagné leurs activités quotidiennes.
Les chants commencèrent à ralentir ...C'est alors que la future mère, affaiblie par son état, ne put résister à l'instinct qui la poussa vers la porte, qu'elle heurta violemment .Elle se précipita en sanglotant au dehors et, suffoquée par la fumée, s'effondra sur le sol sans connaisance.Celles qui vivaient encore ne bougèrent pas.Elles continuaient à chanter pour se donner du courage.Puis peu à peu , les voix s'éteignirent... Brusquement, un grand bruit domina le crépitement des flammes.C'était la charpente du toit qui s'affaissait sur les corps calcinés. Et ce fut à nouveau le silence...Un terrible silence qui acceuillit les hommes bouleversés , accourus , hélas trop tard, au secours du village.Toutes les femmes de Nder avaient peri sauf une.
Les anciens racontent qu'à ce moment là de gros nuages noirs voilèrent le ciel et que tout devint obscur.Comme pour cacher l'émotion et la douleur des hommes, leurs cris de désespoir et leurs larmes.
Depuis ce jour, pour honorer la mémoire de ces héroines, les habitants du village de Nder observent un rite connu sous le nom de Talata Nder.Chaque année, un mardi du mois de novembre, aucune activité ne vient troubler le village.les hommes ne vont ni aux champs, ni à la pêche, ni à la chasse..Les femmes ne lavent, ni ne pilent, ni ne cuisinent.et pendant de longues heures, villageois et villageoises, jeunes et vieux, restent enfermés à l'intérieur de leus habitations ? Pendant cette journée du souvenir, ils leur consacrent des prières et rendent hommage à l'héroÏque sacrifice des femmes de Nder, village du Walo, au Senegal.
Auteur: SYLVIA SERBIN. Extrait de Divas N°11, Octobre 2000.Histoire qui s'est passée au Walo, dans l'actuelle régon de Saint-Louis du Sénégal.Postée par: NGLAYE
08 août 2008
MOÏSE DU PEUPLE NOIR, HARRIET TUBMAN
Autre figure de courage et de liberté, Harriet Tubman n'a rien de la pasionaria exhortant les foules à s'arracher à la tyrannie de leur condition. Son charisme, elle le doit à autre chose. Ceux qui l'ont rencontrée l'ont décrite comme une petite femme au sourire édenté, au front cabossé par les bûches de bois et les poids en fer lancés à sa tête dans son enfance d'esclave. Au sortir de l'adolescence on la <<colle>> à un homme mûr récemment affranchi, John Tubman, dont elle est surtout la servante, accessoirement la compagne. Mais, un jour, en 1849, elle apprend par les esclaves de case que le maître blanc envisage de la revendre à un convoyeur de Nègres.
Harriet ne songe qu'à une chose: fuir. Elle s'évade, dormant le jour dans les bois les plus profonds, loin des habitations, des patrouilles et des chiens qui traquent les fugitifs , marchant toujours de nuit à travers collines et marécages , avec pour tout guide l'étoile polaire.
Puis un jour, sans le savoir, ne sachant pas lire les panneaux, elle pénétre en Pennsylvanie, Etat anti-esclavagiste, où elle découvre un monde différent. Elle s'installe à Philadelphie où elle pourrait commencer une nouvelle vie : elle a trouvé un logement, et un emploi de blanchisseuse. Mais Harriet est obsédée par l'idée que sa famille est encore prisonnière de ces plantations du Maryland. Si elle retrouve les chemins isolés qui lui ont permis d'arriver jusqu'au nord, pourquoi ne pas renouveler l'expérience? Elle redouble d'ardeur au travail, ne refusant aucune tâche pour économiser de quoi préparer son expédition. Un jour, habillé en homme, elle se met en route et retraverse la fameuse ligne Mason-Dixon qui sépare les états esclavagistes eds contrées abolitionnistes du Nord.
A un journaliste qui l'interrogeait vers la fin de sa vie sur son extraordinaire épopée, harriet Tubman raconta: <<Quand j'étais perdue dans la forêt et qu'il n' y avait aucune étoile dans le ciel pour éclairer mon chemin, je faisais une prière et, du fond de mon coeur, j'entendais la réponse de Dieu: "Tourne à gauche, tourne à droite, longe la rivière ou traverse le pont ." Alors , j'obeissais.>>
En Décembre 1850, elle arrive enfin dans son quartier, convainc sa soeur de la suivre avec ses deux enfants et les ramène vers le Nord. Quelques mois plus tard,ses économies reconstituée, elle repart avec l'idée cette fois de récupérer son dernier frère. Une famille de voisins sera du voyage . Trés vite, son nom se chuchote dans les quartiers d'esclaves où l'on parle de ce réseau clandestin baptisé le <<chemin de fer souterrain>>. Les déplacements ont surtout lieu en hiver, parce que les nuits sont plus longues et que le froid réduit les randonnées nocturnes des maîtres. Les évasions se font le Samedi soir: le lendemain , jour de repos, les esclaves ont le droit de visiter leurs amis du voisinage et les disparitions ne se remarquent pas avant le Lundi. Harriet impose une discipline de fer à ceux qui veulent la suivre. Si quiconque cède au découragement ou veut rebrousser chemin, elle braque son arme:<<Frère, tu marches ou tu meurs. Un négre mort ne parle pas.>>
En 19 voyages effectués entre 1850 et 1860 entre le Sud et le Nord, Harriet Tubman ramène plus de 300 personnes. Sa grande fierté: n'avoir jamais perdu un seul <<passager>>. Aucun fugitif ne sera abandonné en chemin. Femmes enceintes, malades ou blessés, tous arrivent au-delà de la frontière fatidique qui symbolise la liberté.
Dans le Sud en guerre contre les esclaves en fuite, policiers, soldats et milices ratissent le moindre chemin de traverse à la recherche de cette femme honnie, mais chantée comme un moÏse par le peuple noir. Sa tête est mise à prix pour une rançon jamais égalée par un noir: 40 000 Dollars. L'action d'Harriet fera des émules parmi des abolitionnistes blancs dont certains participent à des évasions ou descendent vers le Sud prévenir discrètement les esclaves sur les réseaux de fuite.
En Juin 1863, au plus fort de la guerre de sécession, Harriet est au front. Prés de Montgomery, elle lève un commando de troupes noires et délivre 756 esclaves d'un coup! De cet exploit qui traverse les océans jusqu'en Angleterre lui viendra le surnom de Général Tubman.
Aprés l'abolition, Harriet poursuit inlassablement son combat en faveur des siens, tout en continuant à travailler comme cuisinière et blanchisseuse pour subvenir à ses besoins. Puis elle se retire dans la maison de retraite pour affranchis qu'elle a contribué à créer. c'est là qu'elle finira ses jours le 10 mars 1913, à l'age de 93 ans . On dit que ce moÏse noir , descendu du Nord pour arracher son peuple des griffes du Sud, inspira à un esclave ce chant célébre qui symbolise à travers le monde la lutte du peuple noir Américain:<<Let my people go... Go down Moses, from the Egypt land>>... Mais qui le sait aujourd'hui?
Auteur: SYLVIA SERBIN. Extrait de Divas N°01, Juin-Juillet 1999.Postée par: NGLAYE


