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Aphrika

Permettre aux Africains de se retrouver autour d'une histoire commune, fédératrice de solidarité et d'amour mutuel.Revaloriser notre culture et nos valeurs et traditions Africaines.

08 août 2008

MOÏSE DU PEUPLE NOIR, HARRIET TUBMAN

   Autre figure de courage et de liberté, Harriet Tubman n'a rien de la pasionaria exhortant les foules à s'arracher à la tyrannie de leur condition. Son charisme, elle le doit à autre chose. Ceux qui l'ont rencontrée  l'ont décrite comme une petite femme au sourire édenté, au front cabossé par les bûches de bois et les poids en fer lancés à sa tête dans son enfance d'esclave. Au sortir de l'adolescence on la <<colle>> à un homme mûr récemment affranchi, John Tubman, dont elle est surtout la servante, accessoirement la compagne. Mais, un jour, en 1849, elle apprend par les esclaves de case que le maître blanc envisage de la revendre à un convoyeur de Nègres.

   Harriet ne songe qu'à une chose: fuir. Elle s'évade, dormant le jour dans les bois les plus profonds, loin des habitations, des patrouilles et des chiens qui traquent les fugitifs , marchant toujours de nuit à travers collines et marécages , avec pour tout guide l'étoile polaire.

  Puis un jour, sans le savoir, ne sachant pas lire les panneaux, elle pénétre en Pennsylvanie, Etat anti-esclavagiste, où elle découvre un monde différent. Elle s'installe à Philadelphie où elle pourrait commencer une nouvelle vie : elle a trouvé un logement, et un emploi de blanchisseuse. Mais Harriet est obsédée par l'idée que sa famille est encore prisonnière de ces plantations du Maryland. Si elle retrouve les chemins isolés qui lui ont permis d'arriver jusqu'au nord, pourquoi ne pas renouveler l'expérience? Elle redouble d'ardeur au travail, ne refusant aucune tâche pour économiser de quoi préparer son expédition. Un jour, habillé  en homme, elle se met en route et retraverse la fameuse ligne Mason-Dixon qui sépare les états esclavagistes eds contrées abolitionnistes du Nord.

   A un journaliste qui l'interrogeait vers la fin de sa vie sur son extraordinaire épopée, harriet Tubman raconta: <<Quand j'étais perdue dans la forêt  et qu'il n' y avait aucune étoile dans le ciel pour éclairer mon chemin, je faisais une prière et, du fond de mon coeur, j'entendais la réponse de Dieu: "Tourne à gauche, tourne à droite, longe la rivière ou traverse le pont ." Alors , j'obeissais.>>

   En Décembre 1850, elle arrive enfin dans son quartier, convainc sa soeur de la suivre avec ses deux enfants  et les ramène vers le Nord. Quelques mois plus tard,ses économies reconstituée, elle repart avec l'idée cette fois de récupérer son dernier frère. Une famille de voisins sera du voyage . Trés vite, son nom se chuchote dans les quartiers d'esclaves où l'on parle de ce réseau clandestin baptisé le <<chemin de fer souterrain>>. Les déplacements ont surtout lieu en hiver, parce que les nuits sont plus longues  et que le froid réduit les randonnées nocturnes  des maîtres. Les évasions se font le Samedi soir: le lendemain , jour de repos, les esclaves ont le droit de visiter  leurs amis du voisinage et les disparitions ne se remarquent pas avant  le Lundi. Harriet impose une discipline de fer à ceux qui veulent la suivre. Si quiconque cède au découragement ou veut rebrousser chemin, elle braque son arme:<<Frère, tu marches ou tu meurs. Un négre mort ne parle pas.>>

  En 19 voyages effectués entre 1850 et 1860 entre le Sud et le Nord, Harriet Tubman ramène plus de 300 personnes. Sa grande fierté: n'avoir jamais perdu un seul <<passager>>. Aucun fugitif ne sera abandonné en chemin. Femmes enceintes, malades ou blessés, tous arrivent  au-delà de la frontière fatidique qui symbolise la liberté.

  Dans le Sud en guerre contre les esclaves en fuite, policiers, soldats et milices ratissent le moindre chemin de traverse à la recherche de cette femme honnie, mais chantée comme un moÏse par le peuple noir. Sa tête est mise à prix pour une rançon jamais égalée par un noir: 40 000 Dollars. L'action d'Harriet fera des émules parmi des abolitionnistes blancs  dont certains participent à des évasions ou descendent vers le Sud prévenir discrètement les esclaves sur les réseaux de fuite.

  En Juin 1863, au plus fort de la guerre de sécession, Harriet est au front. Prés de Montgomery, elle lève un commando de troupes noires et délivre 756 esclaves d'un coup! De cet exploit qui traverse les océans jusqu'en Angleterre lui viendra le surnom de Général Tubman.

  Aprés l'abolition, Harriet poursuit inlassablement son combat en faveur des siens, tout en continuant à travailler comme cuisinière et blanchisseuse pour subvenir à ses besoins. Puis elle se retire dans la maison de retraite pour affranchis qu'elle a contribué à créer. c'est là qu'elle finira ses jours le 10 mars 1913, à l'age de 93 ans . On dit que ce moÏse noir , descendu du Nord pour arracher son peuple des griffes du Sud, inspira à un esclave ce chant célébre qui symbolise à travers le monde la lutte du peuple noir Américain:<<Let my people go... Go down Moses, from the Egypt land>>... Mais qui le sait aujourd'hui?

Auteur: SYLVIA SERBIN. Extrait de Divas N°01, Juin-Juillet 1999.Postée par: NGLAYE

Posté par NGLAYE à 08:30 - Héros et héroÏnes du peuple noir - Commentaires [2] - Permalien [#]

Commentaires

    joli témoignage, je pense que la vie de cette dame pourrait être immortalisée dans un bon film. Merci

    Posté par Djé, 27 juillet 2008 à 18:55
  • Une belle histoire de courage

    Dans le même ordre d'idée, je viens de lire un livre très intéressant : L'autobiographie d'une esclave de Annah Crafts. Voir le commentaire sur mon blog. Ces histoires qui traduisent le courage d'un peuple contre l'adversité doit être portées à la connaissance des Noirs afin que la littérature noire remplace dans nos écoles les récits qui louent les prouesses des blancs.
    Merci de m'avoir permis de découvrir ce personnage de l'Histoire des Etats-Unis.

    Posté par St-Ralph, 28 juillet 2008 à 16:07

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